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jeudi 1 janvier 2015

Normes pour l'uniformisation des posts sur les interviews (version révisée)


 Libellés: <interview> <voir-écouter> <votre nom>
Times New Roman 12pt interligne de 1.5, texte justifié (= Blocksatz), sans „effets spéciaux“, attention! pour la transcription, n’utilisez pas Times New Roman, mais plutôt Consolas !
-----8<------8<---------8<-------8<---------

Interview avec [nom du personnage] : par Prénom N[om]

Source : www.youtube.com/etc 

Synthèse
[parler brièvement du setting/ dispositif de l’interview : qui est l’intervieweur, qui est l’interviewé_e ? quand cet interview a-t-il eu lieu ? où ? pourquoi ? quel en est la thématique? quel en est l'enjeu? sur quoi porte l’interview ? ; dégager une problématique, des points de débats etc.]
[dire pourquoi vous avez choisi cette interview; attention: écrire en caractères italiques]

[coller la vidéo uploadée]

Typologie
[s’agit-il d’une interview dont le but est d’être (a) narratif (qn raconte son histoire en répondant à des questions), (b) argumentatif (qn doit défendre son point de vue) (c) injonctif (qn demande des conseils à une autre personne) (d) etc.]

Transcription
[présenter la transcription d’environ 4 à 5 minutes de l’interview. Si vous avez choisi une séquence d’une interview plus longue, dites pourquoi vous l’avez choisie]

Analyses
[présenter deux analyses, ou grammaticales ou linguistiques]
Analyse I
[…]

Analyse II
[…]

Explications, recherches, interprétations
[présenter deux explication/ recherches/ interprétations]
Explication/… I
[…]

Explication/… II
[…]

(Et finalement pour ceux qui s'y intéressent: les conventions de transcription. Tiré de: Anne-Sylvie Horlacher, 29 novembre 212)

/ \
intonation montante et descendante
[
début du chevauchement
.  ..  …
pause (non mesurée)
courte (>0.3), moyenne (>0.6), longue (> 1 sec.)
(1.5)
pause (mesurée) en secondes et dixièmes de seconde
xxx
segment inaudible
( )
transcription incertaine
((rire))
commentaires du transcripteur
< >
début et fin du segment auquel s’appliquent les commentaires
&
continuation du même tour
vidéo
accent
=
enchaînement rapide
°  °
diminution de volume
exTRA
augmentation de volume
par-
troncation
:
allongement syllabique
^
liaison remarquable
‘h
aspiration
h’
expiration
tsk
ouverture de bouche



mercredi 31 décembre 2014

Normes pour l'uniformisation des posts sur les films (version révisée)


Libellé(s) : < film> <ouïr-voir> <votre nom>
Times New Roman 12pt interligne de 1.5, texte justifié (= Blocksatz)
Titre du film par Prénom N[om]
---------------8<----------------------------8<----------------------------8<-------------------------
Le film en bref
Nom du réalisateur :
Production:
Année de sortie :
Scénariste(s) :
Adaptation :
Remake (evtl.) :
Récompenses :
Réception publique et critique [décrire en quelques phrases] :

Choix de deux séquences
Première séquence
[contenu : situer la séquence ; pourquoi j’ai choisi cette séquence du film ? Dialectique: dialogue, une dynamique d'échange qui doit permettre d'avancer dans la discussion]

Deuxième séquence
[contenu : situer la séquence ; pourquoi j’ai choisi cette séquence du film ? Quelle est sa dialectique]

+ coller ensemble les séquences

Résumé et importance des séquences
Première séquence
[Résumé en Times New Roman 12, sans « effets spéciaux »]
[Importance de cette séquence, en Times New Roman 12, italique]

Deuxième séquence
[Résumé en Times New Roman 12, sans « effets spéciaux »]
[Importance de cette séquence, en Times New Roman 12, italique]


Explications/ interprétations/ recherches du film dans sa totalité
Explication/… I
[]

Explication/… II
[]

vendredi 22 novembre 2013

Interview avec Habib Bourguiba: par Sofian B. (version révisée)


Source : http://www.youtube.com/watch?v=ZJ_3MUvtEkU (archives de l’INA : Institut National de l’Audiovisuel)

Synthèse :
Habib Bourguiba, meneur de la lutte pour l’indépendance de la Tunisie, est interviewé lors de son premier voyage officiel en France après l’indépendance tunisienne par un journaliste français. L’intervieweur (dont le nom semble introuvable sur internet) lui pose trois questions principales : premièrement, il veut connaître les principes qui ont guidé Bourguiba à travers sa lutte pour l’indépendance tunisienne; par la suite, il s’intéresse à la manière de laquelle Habib Bourguiba avait agi. Enchaînant sur cela, l’intervieweur demande à son interlocuteur la valeur qu’a son voyage pour lui, comme il s’agit de son premier voyage officiel. Pour conclure, il lui pose une question sur les problèmes auxquels la Tunisie doit faire face au moment où a lieu l'interview.
Bourguiba insiste sur le fait que la France a toujours été là pour aider la Tunisie. Cela nous frappe, puisque nous savons que la Tunisie avait été colonisée par ce pays. Il est alors assez stratégique de la part de Bourguiba de dire qu'il n'accuse pas la France, mais, au contraire, de propager l'idée flatteuse pour la France. En oubliant une évidence historique, il compte retourner à l'avantage de son pays la relation de soumission politique face à la France dans laquelle s'était trouvée la Tunisie.

J’ai choisi cette interview, parce que le président Bourguiba était un grand rhétoricien. L’analyse d’un de ses discours ou d’une interview avec lui est donc fortement intéressante. Au moment où fut conduit l’interview ci-analysée, la Tunisie se trouvait encore à son début et Bourguiba se vit alors dans la position de devoir constituer un réseau politique et économique en faveur de la Tunisie. Or, cela est très important pour sa manière de parler, pour le contenu de ses paroles : il doit propager, en répondant aux questions de son interlocuteur, ses points de vu politiques.
Je ne fonde mon analyse non seulement sur sa façon de parler, sur son intonation, ses pauses, mais aussi sur sa gestuelle, Bourguiba étant un personnage qui devait motiver de vastes foules en parlant, d’où le fait qu’il souligne ses paroles par des gestes assez forts et clairs.


Typologie
Quant à la typologie, l’interview participe deux typologies différentes. Il s’agit certainement d’une interview narrative qui sert à transmettre une vision de l'histoire que Bourguiba veut faire partager à un plus grand public. De plus, Habib Bourguiba se sert de cette occasion où il a la parole et peut s'adresser à un nombreux public pour formuler et défendre sa politique dite "bilatérale", qui se fonde sur une forte amitié entre la Tunisie et la France. De ce point de vu, il s’agirait d’une interview argumentative.

Transcription






Analyses

Analyse I
En regardant l’interview en question, nous réalisons assez facilement que le discours de Habib Bourguiba semble être construit sur place, tandis que les questions que lui pose l’intervieweur montrent en grande partie les qualités d’un discours Formal Spoken (cf. Akinnaso : 1985) ; il s’agit d’un discours oral, mais qui fait preuve de qualités qui désignent l’écrit, c’est donc une sorte d’écrit oralisé. Nous remarquons cela en regardant surtout les pauses et les recherches de vocabulaires que fait (ou justement, ne fait pas) l’intervieweur. Ainsi, dans les lignes 1-5, la plus longue pause qu’il fait est d’une duré d’à peu près 0.6 secondes ; ces pauses qu’il fait lui servent, dans deux cas (marqué par ‘h) d’aspirer de l’air (l. 2 et 4). Dans la ligne 3 il fait deux pauses, précédées d’intonations qui semblent forcées. Une explication possible pour cela est une nervosité potentielle du côté de l’intervieweur qui le pousse à prendre l’air à des moments non naturels, ce qui, en revanche, le pousse à faire des intonations maladroites. Qui plus est, entre « durant le long combat etc. »  et « monsieur le président » (qui est la formule d’appel au début de l’interview ; l. 1), il fait un enchaînement rapide qui ne semble pas être bien placé non plus : le propos « monsieur le président » a ici la fonction de formule d’appel après laquelle devrait s’enchaîner une courte pause et qui devrait se terminer par une intonation descendante (\). Or, l’intervieweur enchaîne directement, ce qui pourrait, à nouveau, désigner sa nervosité. Il s’ajoute à cela que nous ne trouvons pas de recherches lexicales dans les premières cinq lignes. Les mauvaises intonations ainsi que cet enchaînement trop rapide sont des indices qui nous mènent vers la confirmation de notre thèse qu’il a préparé cette question (et qu’il l’a sous ses yeux en forme écrite).
Cependant, si nous regardons les réponses du président Bourguiba, nous réalisons qu’il fait déjà beaucoup plus de pauses et qu’il utilise, afin de combler certaines pauses potentielles, la locution « n’est-ce pas ». Dans les lignes 6 et 7 nous voyons comment il forge sa phrase : sujet – pause – verbe – pause – objet. Typiquement, après avoir dit de ce dont il s’agit, il a une petite pause pour trouver le bon verbe qui exprime bien ce qu’il veut dire. En suite, une pause plus longue lui sert à formuler les propos pour dire dans quoi se trouvait la force de son parti. Ce qui nous frappe fortement, c’est une très longue pause qu’il fait à la ligne 12. Il est très probable que pendant cette pause il cherche à souligner son point sur la propagande (recherche lexicale dans le but d’accentuer du déjà-dit). Une autre séquence de l’interview montre même mieux à quel point que Bourguiba construit son discours sur-scène : entre les lignes 49 et 57 il y a un vaste nombre de pauses et d’intonations montantes. L’accumulation des pauses est signe du fait qu’il prend son temps à formuler ce qu’il veut dire afin de répondre aux questions ; et les intonations montantes (qui sont – ordinairement – des marques de fin d’énoncé) nous montrent qu’il termine son tour de parole plusieurs fois, puis le reprend en ajoutant des idées.

Analyse II
D’un point de vue sociolinguistique il est très intéressant de voir la relation entre les gestes et les paroles de Bourguiba. Il a la tendance de souligner ses paroles par des gestes, qu’il fait surtout de la main gauche, dans cette interview en question. Cela se voit spécifiquement à la ligne 12, où il montre sa bouche par la main ; aux lignes 23, 28, 32 etc. La gestuelle qu’il fait à la ligne 32 est intéressante, car il l’utilise pour marquer sa persévérance ; il s’agit d’un signal que l’on fait souvent pour marquer un point, pour dire que c’est ainsi et qu’il n’y a pas d’autre solution. Cela rend donc ses paroles encore plus fortes : ce n’est pas seulement qu’il continuait toujours à combattre, mais il nous communique que c’était, pour lui, la seule option, de revenir, que c’était naturel. De surcroît, à la ligne 54, il renforce le mot « lever » par le geste de lever sa main (plante en haut) vers le haut. Nous pouvons nous demander sur l’origine ou plutôt la cause pour ce fort emploi de ses mains. Il semble être une hypothèse assez plausible de dire que lors des discours qu’a menés Bourguiba pendant la libération de la Tunisie, pour motiver la population tunisienne à le soutenir, il fallait être très expressif et compréhensible pour tout le monde. Comme la télévision n’existait pas encore, il y avait des situations où un nombre assez grand de gens l’entendaient parler – il fallait alors soutenir ce qu’on disait par des signes des mains afin que même ceux qui n’entendaient pas tout, pouvaient percevoir ce qu’il disait.

Explications/ recherches/ interprétations

Recherche I
Bourguiba semble abuser de la locution « n’est-ce pas » qu’il répète dans presque chaque phrase. Or, ce « n’est-ce pas » bourguibien, n’a pas la fonction ordinaire de cette locution – qui serait de poser une question qui demande une validation de ce que l’on vient de dire, comme il est le cas dans la phrase « Il vient de partir, n’est-ce pas ? ». Dans cet exemple, la locution « n’est-ce pas » est formulée en tant que question afin de demander à l’interlocuteur la confirmation de l’énonciation « il vient de partir ». On veut donc savoir si l’on avait raison dans la supposition que « il » venait de partir. Au contraire, dans le cas du « n’est-ce pas » bourguibien il s’agit d’une locution que Bourguiba traduit de l’arabe au français (fi ettahassal maânaha, littéralement « c’est-à-dire »). Nous pouvons dire cela si nous regardons ses discours menés en langue arabe où il répète fi ettahassal maânaha aux mêmes endroits de la syntaxe que le « n’est-ce pas ». En outre, dans ces mêmes discours, le « c’est-à-dire » occupe la même fonction que le « n’est-ce pas » qui sert, premièrement, à accentuer ce qui vient d’être dit, et, deuxièmement, à combler une recherche lexicale.

Recherche II
L’interview ne montre que peu de chevauchements. Cela est probablement dû au fait que les stratégies discursives utilisées par Bourguiba, ainsi que par l’intervieweur, étaient les mêmes. Cela est important surtout au niveau des présupposés, des attentes par rapport à la structure de l’activité. Comme les interlocuteurs perçoivent la situation de la même manière (quelqu’un pose les questions et l’autre y répond), il n’y a que peu de moments où ils se chevauchent.

mardi 19 novembre 2013

La Grande Vadrouille par Sofian B. (version révisée)


Le film en bref
Nom du réalisateur : Gérard Oury

Année de sortie : 1966

Scénariste(s) : Gérard Oury, Danièle Thompson, Marcel Jullian
Récompenses : Prix du meilleur film étranger au festival de Taormina (1966), Plaque d’or aux David di Donatello (1967), Meilleur film étranger au Golden Screen (1977)

Réception publique et critique : La Grande Vadrouille fut – dès l'annonce de sa sortie – grandement attendu. Une nouvelle fois, Gérard Oury mettait en scène Louis de Funès et Bourvil, un duo qui avait génialement réussi dans le film Le Corniaud. Les attentes étaient alors très hautes. Le film sortit en salles le 1er décembre 1966 et les premières semaines d’exploitation furent un succès absolu. Même la critique se trouva être unanime, à l’étranger également. Le tandem comique attira, avec son film, plus de 17 millions de spectateurs ; à l’époque, cela fut un record, du jamais vu. Le record tint jusqu’à la sortie en salles de Titanic, une trentaine d’années plus tard.

Choix de deux séquences
Première séquence
C’est la scène qui montre comment Augustin Bouvet est entraîné malgré lui dans une affaire qui va le mettre en danger – il sera chassé par les Nazis. J’ai choisi cette scène, parce qu’elle se trouve tout au début de l’intrigue du film et parce qu’elle entre dans un rapport dialectique fort avec la déclaration d'amour de la deuxième scène que j'ai choisie.

Deuxième séquence
La deuxième scène choisie montre l'intimité en temps de guerre : ce moment de la vie privée d’Augustin Bouvet où il avoue son amour à son aimée. Malgré les ennuis qu’il a en fuyant les Nazis, il est capable de voir le côté fascinant de la vie et de vivre de beaux moments. J’ai choisi cette séquence, parce qu’elle montre fort bien que derrière la façade de l’homme, d'une victime de la guerre, se passe une vie privée, qui montre un être humain tout à fait normal.


Résumé et importance des séquences
Première séquence
Nous voyons un défilé de Nazis prêts à accueillir un supérieur. Juste au-dessus, l’aviateur anglais Peter Cunningham a atterri sur la cage d’ascenseur d’Augustin Bouvet (à savoir André Bourvil) qui était en train de peindre la façade d’un bâtiment. Ce premier commence à remonter la cage d’un seul côté, ce qui a comme conséquence qu’un seau de peinture chute et tombe exactement devant les pieds du dit supérieur Nazi. Celui-ci interprète cet acte comme du sabotage et ordonne de capturer Bouvet et Cunningham qui prennent alors la fuite. Or, avant de s’enfuir, Bouvet répond à Peter qui le somme de sauver sa peau : « Oh non, pas de question, hein ! » Le coup de théâtre de cette scène a lieu quand Peter est blessé par une balle de fusil et demande de l’aide : c’est à ce moment-là que Bouvet décide de l’aider et de lui sauver la vie. Le jeu du chat et de la souris commence.
Nous changeons alors de lieu et nous retrouvons ces deux fugitifs sur les toits, essayant de trouver un chemin de fuite.

Cette scène est très importante parce que c’est là que l’on voit comment la vie d’un simple Français qui n’est ni « collabo[rateur] horrible, ni beau résistant chevaleresque », mais un homme qui essaie de gagner sa vie sous le régime nazi, peut basculer très rapidement dans le tragique : on veut l'arrêter à cause d’un aviateur anglais. Néanmoins, une sorte de solidarité commence à se manifester entre Augustin et Peter ; c’est cette solidarité, résultant de la scène en gestion, qui produira la suite de l’action et entame le tricotage du fil conducteur de notre fil.
Or, il faut regarder le ‘coup de théâtre’ de plus près. D’abord, Bourvil semble vouloir se livrer aux Nazis, avec l’idée qu’il n’a rien à craindre. Cependant, il constate qu’on ne lui fera pas grâce, ce qui le mène à s’enfuir. Cela nous rappelle, en quelques courts moments, la cruauté des Nazis envers toute personne qui semblait leur nuire. C’est donc une scène qui – à de faire rire – comporte des vérités sur le régime Nazi en France.
De surcroît, cette séquence résume, en quelque sorte, toute l’action du film. Elle marque le début d’une chasse que j’ai décrite comme je du chat et de la souris, une sorte de Tom et Jerry (comme le dit Gérard Oury dans une interview) qu'on retrouvera plus loin. Si l’on regarde la comédie plusieurs fois, on voit que cette scène anticipe la totalité du film : la petite souris, représentée par de simples hommes, donc Cunningham et Bouvet, échappe toujours au grand chat, représenté par le pouvoir nazi.

Deuxième séquence
Le premier plan de séquence montre Augustin Bouvet (Bourvil) et Stanislas Lefort (de Funès) couchés dans le même lit. Il faut savoir que Lefort s'élève énérgiquement contre cette situation, parce qu’il a toujours l’impression d’être supérieur à Bouvet et qu’il fallait respecter son souhait de ne pas partager son lit avec un simple peintre. Mais comme c’est la guerre, il doit accepter cet état de fait qui l'humilie. Bouvet commence à parler de mariage et est convaincu qu’après la guerre, il épousera Juliette (fille de la patronne). Comme il a fait sa connaissance en fuyant les Nazis, il dit même que « la guerre a du bon ».
Après un instant, Lefort se lève pour aller manger ; il ne voit aucun danger à se promener dans l’hôtel plein de Nazis, car la patronne l’a fait passer pour son mari afin de le sauver. Bouvet, amoureux de Juliette qui l’a fait, de même, passer pour son mari (deux fois déjà), décide d’aller lui rendre une petite visite pour lui avouer son amour. Il y va en faisant semblant d’être somnambule. Après être rentré dans la chambre de Juliette, il raconte comment il a, pendant la guerre, « rencontré une blonde » qui l’a fait passer pour son mari afin de lui sauver sa vie. Pour authentifier son état, il lui raconte que la guerre est déjà finie et qu’il faut fêter cela tout en l’embrassant. Or, Juliette s’en rend compte et le renvoie au lit.

Cette scène est importante et particulièrement intéressante, car elle montre bien que la vie privée d’un fugitif n’est pas forcément privée de bonheur et surtout d’espoir. Ce bonheur et cet espoir sont incarnés, à ce moment, par Bouvet. Il s’agit, comme nous verrons, de deux espoirs : Bouvet souhaite premièrement avoir accès au cœur de Juliette et, par conséquent, l’épouser; deuxièmement, en dépit du fait que cela soit un peu caché, il a le vœu que la guerre soit terminée (malgré le comique et l’ambiance romantique de la scène, il ne faut pas oublier sa situation : il est recherché par les Nazis). Il semble que cette scène est représentative à un grand nombre de destins – semblables à celui de Bouvet – de soldats ou d’autres fugitifs qui font la connaissance de femmes, qu’ils doivent par la suite laisser tomber, vu que leur situation ne leur permet pas de rester dans la France de Vichy.
La scène montre que, disons-le dans les paroles de Bouvet, « la guerre a du bon », faisant allusion au fait qu’elle peut réunir assez de hasard les cœurs de personnes qui s'aident les unes les autres, tandis que la première scène montre le contraire : l’absurdité de la guerre et la cruauté des Nazis.

Explications/ interprétations/ recherches du film dans sa totalité
Explication du film I
La Grande Vadrouille montre très bien que deux personnes, que tout oppose, dont une se prend pour un personnage meilleur que l’autre, qui ne s’aiment pas vraiment, sont, à partir du moment où ils sont accusés de collaborateurs avec les Anglais et, par conséquence, pourchassés par les Nazis, mises à niveau égal et dépendent soudainement l’une de l’autre. La guerre fait d’elles des Français qui partagent un même destin : ils sont des fugitifs malgré eux, et presque forcés d’être des résistants, bien qu’ils n’eussent ni la volonté ni les moyens d’en être. Il se manifeste à plusieurs reprises que dans leur nature, Bouvet et Lefort ne s’aiment pas vraiment et que Lefort se donne toujours plus de valeur qu’à son compagnon. Mais cette répulsion de l’autre est plusieurs fois mise à l’épreuve quand, soudainement, la solidarité entre eux (due à leur situation partagée) dépasse l'aversion entre eux : alors ils se sauvent la vie.
Ce film montre un impact très fort de la guerre au niveau microsocial : la société est totalement bouleversée et la place d’une personne plongée au coeur de la guerre ne dépend plus du niveau intellectuel ou du nombre des diplômes, mais du fait que l’on collabore avec les Nazis ou que l'on compte parmi les résistants.

Recherche sur le film II
(source : Documentation « Il était une fois… Louis de Funès », publiée en janvier 2013 sur la chaine TMC)
Le film connut un tel succès probablement, par ce qu'il mêle des ingrédients qu'il exploite à son complet avantage. Tout d’abord, il faut savoir que le duo de comédiens, composé de Louis de Funès et de Bourvil avait déjà réalisé ensemble Le Corniaud, un film dont l'intrigue se réalise en Italie et en France et qui avait connu, à l’époque, un succès phénoménal et, qui plus est, avait pu compter sur un budget qui dépassait grandement les sommes habituelles. Il fut manifesté que les deux personnalités qui se cachaient derrière de Funès et Bourvil jouaient parfaitement ensemble pour produire d’excellentes comédies. Malgré qu’il s’agît de deux caractères très forts et exigeants, ni l’un ni l’autre recula devant l’autre, leur forte amitié leur permit de jouer de très fortes scènes qui menèrent à un film couronné de succès. Quand on annonça l'intention de réunir de Funès et Bourvil dans un autre film du réalisateur Gérard Oury, qui savait qu’il « tenait de l’or entre [ses] mains », le public avait attendu un film au niveau ou supérieur même au Corniaud. Par conséquent, les salles étaient pleines pendant les premières semaines d’exploitation.
À ce moment se mit en marche le deuxième « moteur » de La Grande Vadrouille : son sujet. Le film raconte l’histoire, selon Oury réaliste, une histoire donc qui aurait pu se passer vraiment, de deux Français qui étaient tirés malgré eux dans une affaire qui est trop grande pour eux ; soudainement, ils se trouvent en position de petits résistants, fuyant devant les Nazis, accusés de collaboration avec des aviateurs anglais. Pendant leur fuite, ils sont capturés plusieurs fois, mais par des actions de l'aviation anglaise, ils se libèrent à chaque fois. Il s’agit donc d’un film véridique en un sens, mais en un autre sens d’un dessin animé, dû au fait que nous nous rappelons Tom et Jerry quand nous voyons les petites souris s’échapper de scène en scène. La légèreté avec laquelle la Deuxième Fuerre mondiale est traitée (compte rendu qu’à l’époque de la sortie du film on ne se trouvait pas si loin de la fin de la guerre) semble être une composante très importante de son succès ; hormis quelques moments de suspense, le spectateur est amusé, sans interruption pendant plus de deux heures.

mercredi 23 octobre 2013

"Le Grand Cahier" - Agota Kristof, résumé et interprétation par Sofian B. (version rédigée)


La saleté
À la campagne, Klaus et Lucas rencontrent une chose qu’ils ne connaissaient pas avant : la saleté. Ils décrivent l’état de la maison qu’ils habitent, la saleté de leur grand-mère et même qu’ils n’avaient pas envie de manger là. Mais, pour pouvoir survivre, ils n’y font vite plus attention. Ils essaient de rester propres en se baignant dans la rivière quand il fait chaud et se lavent régulièrement les dents.
Tout de même, ils deviennent de plus en plus sales et n’ont plus de vêtements propres (ceux qu’ils avaient sont déchirés et les habits propres que leur avait donnés leur mère sont vendus par la grand-mère). Leur corps s’adapte au nouvel environnement : leur peau brunit, la plante de leurs pieds durcit. Ils sentent mauvais comme leur grand-mère.
La vie que mènent Klaus et Lucas chez leur grand-mère est la description d’un « déracinement »  total (source : L’express) et l’assimilation à un nouveau mode de vie, désagréable et pas du tout confortable (« Nous sentons mauvais comme Grand-Mère » et cela ne leur fait plus rien). Le chapitre "La saleté" est important car dans ces deux pages le lecteur apprend comment les jumeaux essayent, avec beaucoup de difficulté, de garder le style de vie qu’il menaient en ville (se laver régulièrement etc.) ; or ils réalisent que cela est impossible dans les conditions qu’ils ont rencontrées chez leur grand-mère et se détachent en grande partie de leur vie antérieure afin de s'immerger dans un nouveau style de vie dont le seul but est la survie. Klaus et Lucas sont obligés d’oublier leur ancien quotidien pour être capables de s’habituer aux nouvelles circonstances.
Ce changement ne se passe pas seulement dans leur esprit, mais aussi au niveau physique : « Notre peau brunit, nos jambes et nos bras sont couverts d’écorchures, de coupures, de croûtes, de piqûres d’insecte. »
En outre, ce chapitre fait allusion à l’avidité de leur grand-mère. En effet la grand-mère vend toutes les affaires propres que les jumeaux reçoivent régulièrement de leur mère.

Exercice d’endurcissement du corps
Klaus et Lucas sont beaucoup frappés – et par leur grand-mère et par d’autres gens. Ils ne supportent pas ces douleurs et commencent à pleurer. Alors, ils décident de s’endurcir contre ces dernières en s’entraînant : ils se battent, se coupent et versent  de l’alcool sur leurs plaies, se disent « ça ne fait pas mal ». Ils font ainsi jusqu’au point où ils ne sentent plus rien (« C’est quelqu’un d’autre qui se brûle, qui se coupe, qui souffre »). Ils se dépersonnalisent, s'étrangent.
Ayant acquiert cette ‘qualité’ d'impassibilité, ils provoquent leur grand-mère en lui disant de plutôt frapper qu’insulter – en sorte qu’elle les laisse tranquilles.
Ce chapitre renforce la recherche que poursuivent les jumeaux afin de trouver leur nouvelle identité dans le but de  survivre. Ils essaient de s’habituer à tout ce qui les fait souffrir physiquement. Ce chapitre est important, car cet endurcissement est essentiel pour les jumeaux – pour gérer et supporter le chaud et le froid, les coups de pied, les gifles sans se sentir à chaque fois inférieurs. Le fait qu’ils abandonnent leur ancienne identité par cet exercice se trouve vers la fin du chapitre, décrit comme un dédoublement ou une dépersonnalisation : « C’est quelqu’un d’autre qui se brûle, qui se coupe, qui souffre. »

L’ordonnance
Un soir, pendant que les enfants sont en train de s’endormir, une ordonnance militaire rentre. Klaus et Lucas apprennent qu’il y a un capitaine qui habite chez la grand-mère et, avec lui, une ordonnance. Cette ordonnance s’étonne du fait que les jumeaux dorment sans couvertures, sur le banc de la cuisine. Il apprend que les enfants ne veulent pas dormir dans la chambre de leur Grand-Mère. Il parle approximativement la même langue que les jumeaux bien qu’il vienne d’un autre pays – de ce pays qui combat, avec le pays des jumeaux, leur ennemi commun.
À la fin du chapitre, il leur amène deux couvertures et leur dit de faire attention à ce que leur grand-mère ne les vende pas – sans quoi il la tuerait.
Dans ce chapitre on apprend pour la première fois la présence des militaires chez la Grand-Mère, et c’est pour cela qu’il est important. En outre, l’ordonnance traite les enfants avec plus d’amour que ne l’avait fait leur grand-mère. Or, il devient clair que – même s’ils sont mal traités – les jumeaux vivent mieux à la campagne qu'en ville : « Ici, bien pour manger [] » ; « Grande Ville, beaucoup danger. Boum ! Boum ! »

Exercice d’endurcissement de l’esprit
Chez leur grand-mère, les jumeaux sont très mal traités : d’un côté, leur grand-mère les appelle « fils de chienne », et de l’autre les gens les traitent de « fils de sorcière !, ou de fils de pute ! ». Klaus et Lucas ne sont pas habitués à être insultés d’une telle façon et à cause de cela ils décident de s’endurcir contre ces injures. Ils commencent à se balancer des insultes à la figure jusqu’à ce qu’ils ne réalisent même plus ce qu'elles signifient (« [] n’entrent plus dans notre cerveau, n’entrent même plus dans nos oreilles. ») Ils croient que cela va fonctionner, mais ils réalisent que « les mots anciens » commencent à leur faire mal – ce sont les mots que leur a dits leur mère, des mots câlins. Afin de perdre cette sensibilité envers ce souvenir de l’ancienne vie, ils font la même chose en se disant « mes chéris ! Mes amours ! Je vous aime… » afin que ces mots aussi perdent leur force. Leur subjectivité se retrouve ainsi insensible aux mots, qu'ils leur fassent du mal ou du bien, comme leur corps sont devenus insensibles aux duretés physiques.
Ce chapitre nous montre que Klaus et Lucas n’arrivent pas tout à fait à oublier leur vie d’auparavant. Ils s’exercent en se disant de gros mots afin de perdre leur sensibilité – ils ne veulent plus « rougir ni trembler » lorsqu’ils entendent des tels mots. Cela fait aussi partie de leur ‘vie pour survivre’. Cependant, les autres mots (« les mots anciens »), que leur avait dits leur mère les rattrapent et les blessent. A cause de cela, ils décident de s’endurcir de même contre ces câlins qu'ils ont en mémoire.
Les mots perdent totalement leur intensité ; la vie se concentre sur le fait de gagner de l’énergie pour pouvoir survivre. Le quotidien des jumeaux est marqué d’un objectivisme qui est très bien rendu dans ce chapitre.

L’école
À son début, ce chapitre décrit la discussion des parents de Klaus et Lucas, quelques jours avant qu’ils ne commencent l’école. Le père veut absolument que ses deux enfants qui font tout ensemble (« Ils pensent ensemble, ils agissent ensemble ») soient séparés à l’école afin que chacun d’eux ait sa propre vie. Leur mère, par contre, ne soutient pas cette idée, parce qu’elle trouve qu’ils sont inséparables, qu’ils ne sont « qu’une seule et même personne. » Quand l’école commence, les jumeaux sont inscrits dans des classes différentes ce qui les pousse à s’évanouir. En conséquence, leur père les traite de simulateurs, mais, en revanche, ils fréquenteront désormais la même classe.
L’école relève l’importance de l’union qui existe entre Klaus et Lucas. Cette union les aidera à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent chez leur grand-mère, car ils peuvent tout faire ensemble, même se séparer, mais seulement s'ils le veulent eux-mêmes.
À la fin du livre, en effet, les jumeaux s'aident à abuser de leur père pour se séparer (ils le tuent).
En outre, ce chapitre aborde le fait que les jumeaux sont très intelligents – ce qui est d’une importance majeure pour le livre, car le lecteur est confronté à un nombre de situations où il reste surpris de l’intelligence et de l’inventivité de Klaus et Lucas.

Interprétation(s)
Le chapitre La saleté semble être le dernier faisant partie de la description du nouvel environnement des jumeaux. Le temps du récit est clairement majeur au temps de l’histoire, ce qui aboutit au fait qu’il s’agit d’un récit descriptif. Le narrateur (représenté par la voix commune de Klaus et Lucas) se trouve en position intradiégétique, ce qui veut dire que le récit a lieu à l’intérieur du niveau spatio-temporel de l’histoire. Il s’agit donc d’une narration simultanée.
À partir du chapitre prochain (Exercice d’endurcissement du corps), la description est interrompue en plusieurs lieux et le lecteur se voit confronté à une expérience en temps réel. Généralement, il s’agit de passages écrits au discours direct libre. (+ exemples!)
Il est très intéressant de voir que ces cinq chapitres sont composés ou en description, ou en récit réel ; nous ne trouvons pas d’élipses
En dernier lieu, je fais remarquer que le chapitre L’école est à caractère particulier : c’est le seul chapitre qui est écrit dans un chronotope différent aux autres : il se passe trois ans avant "l’espace spatio-temporel du récit" (cité selon Dr. A. de Francesco).

mercredi 2 octobre 2013

8) La ville secrète par Sofian B. (version rédigée)


Paris est une ville dont on pourrait, comme le firent les Grecs avec Athènes, parler au pluriel, car il existe de nombreux Paris ; et le Paris des touristes n'a qu'une relation superficielle avec le Paris des Parisiens. Un étranger qui traverse la ville en voiture ou en autobus et qui passe d’un musée à l’autre, n’a pas la moindre idée de ce monde qu’il ne voit pas, quoiqu’il se trouve[1] juste dedans.
Personne ne peut alléguer connaître une ville sans y avoir perdu son temps. L’âme d’une grande ville ne se laisse pas comprendre si facilement. Afin de vraiment se familiariser[2] avec elle, il faut qu’on s’y soit[3] ennuyé et qu’on y ait souffert. Naturellement, tout le monde peut se procurer un guide et constater que tous les monuments qui y sont indiqués sont là. Mais dans les limites de Paris se cache une autre ville qui est aussi difficilement accessible que l’était Tombouctou à l’époque.
Les Parisiens connaissent très bien cette ville – que j’appelle la ville secrète, car elle est inaccessible aux étrangers – et ils la trouvent absolument naturelle. Ainsi, ils n’ont même pas l’idée d’en parler – hormis les écrivains et poètes dont la tâche est justement d’observer la ville avec des yeux nouveaux, comme si c’était la première fois, tandis que nous, nous la voyons sans faire attention. Mais même les écrivains n’arrivent pas toujours à nous transmettre précisément ce qu’ils ont découvert.
Paris ne se révèle pas à ces gens qui sont pressés, je l’ai déjà dit. Cette ville appartient aux rêveurs ; à ceux qui savent s’amuser dans les rues sans regarder l’heure, même si d’urgentes affaires les attendent ailleurs. Ils verront, ce que d’autres ne verront jamais, et cela sera leur récompense. En outre, Paris a la particularité de se montrer mieux la nuit que la journée. On pourrait penser qu’elle attend jusqu’à ce que tout dorme.

[selon Julien Green, tiré de Paris, 1983]

Ce côté « mystérieux » que décrit Green se trouve déjà dans les écrits de Baudelaire et, plus tard, de Simenon, qui thématisent beaucoup ce qui est apparu avec le modernisme : l’anonymat dans les grandes villes. Il y avait soudainement beaucoup de gens que l’on ne connaissait pas, des quartiers auxquels on n’avait pas de rapport – l’être humain ainsi que l'espace urbain et son usager, sont devenus anonymes. Vivre à Paris ne voulait plus dire connaître Paris. Pour connaître Paris il fallait sortir de la vie quotidienne et plonger dans la vie de la ville – y perdre son temps et s’ennuyer, afin de se rendre compte des détails de la vie parisienne.

Sur Green:

Julian Green, rebaptisé en Julien Green, fut d’origine américaine et vécut de 1900 à 1998, majoritairement en France. Après la mort de sa mère il décida de suivre la religion de son père, et devint catholique pratiquant. Ceci pourrait se justifier en regardant sa vie : à l’âge de 17 ans il fut mobilisé pour la première guerre mondiale ; or, après deux années de service il fut déjà démobilisé. Sa vie en tant que civil ne durait que jusqu’à l’éruption de la Seconde Guerre Mondiale où il fut à nouveau mobilisé.
Ses écrits traitent surtout de problèmes de la foi et de la religion, mais aussi de l’hypocrisie qui leur est liée. Presque en contradiction à sa foi se trouve le fait que Green fut homosexuel – un sujet qui avait aussi une grande influence sur son œuvre.


[Sofian Bouaouina]


[1] Ici on utilise le subjonctif; règle: les propositions subordonnées circonstancielles sont souvent utilisées avec un subjonctif. Les locutions qui demandent un subjonctif sont clairement définies ; l'une d’entre elles est « quoique » qui introduit une circonstancielle de concession.
[2] Dans les propositions subordonnées circonstancielles de but, nous pouvons utiliser « afin de » + infinitif au lieu de « afin que » + subjonctif lorsque les deux propositions ont le même sujet (ici : on).
[3] « il faut que… » + subjonctif: les expressions impersonnelles dans les propositions subordonnées complétives demandent toujours un subjonctif.