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mercredi 27 novembre 2013

Le fils le plus sage (révisé)


Il faisait longtemps qu’il y avait un vieil homme qui avait trois fils. Un jour il tombait malade et laissait venir ses fils. Il voulait lequel entre eux était le plus intelligent car il voulait lui donner tous ses biens. Il donna à chacun quelques pièces de monnaie et les pria d’acheter un cadeau qui put remplir toute la chambre. Le fils le plus âgé pensa qu’il ne fallait rien de plus facile que cela. C’est pourquoi il ne fut pas beaucoup d’efforts de chercher longtemps. Arrivé au marché il acheta une grande botte de paille. Ce qui concerne le deuxième, celui réfléchit un peu plus et après qu’il regarda bien tous les stands du marché, il décida d’acheter un grand sac de plumes. Ceux rempliraient certainement une chambre, croyait-il.

Le troisième fils par contre  prit tout son temps jusqu’il trouva enfin quelque chose qui semblait le plaire et qui ne fit quand même pas cher.  Le lendemain les trois fils allaient chez leur père.  Naturellement  chacun espérait que son cadeau fit assez grand pour remplir une chambre vide. Mais ni le blé du plus âgé, ni les plumes du deuxième ne suffirent à la remplir. Là le plus jeune venait.  « Qu’est-ce qu’il a acheté ? », se demandèrent le père et les frères, dont on peut bien s’imaginer la curiosité. Comme leur surprise fut grande quand il tira une bougie et des allumettes de sa poche. Il alluma la bougie et la plaça exactement au milieu de la chambre de sorte qu’elle la remplit d’une lumière chaleureuse. Il n’y a pas besoin de raconter la fin de l’histoire car tout le monde peut facilement la deviner.

Explications de grammaire :

-          croyait-il ; discours indirect

-          ni … ni … ne ; négation

-          de sorte que ; sans subjonctif

Le thème/ le personnage principal :
Dans cette traduction il s’agit d’un jeune homme qui doit acheter un cadeau pour son père malade sous condition que le cadeau puisse remplir toute la chambre du père. Avec ses deux frères, le plus jeune des fils cherche sur le marché le cadeau parfait. En tant que plus sage fils du père, il achète une bougie et des allumettes qui remplissent d’une manière plus intelligente la chambre du père. Par conséquente il hérite tous les biens de son père après sa mort.

 

samedi 5 octobre 2013

12) La boutique du rire

a) L’un de mes amis, un médecin célèbre, ne veut pas voir des visages tristes autour de lui pendant son temps libre; il en voit déjà assez pendant son travail.
Si vous n’êtes pas un homme heureux, riant fréquemment, vous pouvez néanmoins vous rendre service à vous-même : Un soir au théâtre ou un film amusant font disparaître la mauvaise humeur. Au fait il y a eu dans le temps au cœur de Paris la « boutique du rire », un magasin dans lequel on pouvait acheter tout ce qui était nécessaire, si l’on voulait rire de temps à autre.
La Bruyère remarqua qu’une personne qui faisait rire les autres était rarement respectée. Ceci est une erreur absolue : Rire n’est ni vulgaire ni scandaleux. Pensez par exemple à Einstein qui tira la langue à son photographe ! Malgré le fait qu’il soit célèbre, il n’a eu aucun besoin d’être discret. De même la plupart des dieux aiment le rire, même le plus sévère d’entre eux, le Dieu de la Bible. En Asie les gens se sont fait en Buddha un Dieu souriant.
L’on disait dans les siècles passés qu’un homme rieur aime la vie. Je pense que mon ami le médecin, en journée se donne corps et âme à son métier parce qu’il aime bien s’amuser dans la soirée. « Allons boire un coup ! », comme on dit, mais lui m'a dit récemment : « Allons boire un coup ! »
Les hommes heureux ne sont-ils pas la preuve vivante que le bonheur est toujours possible aujourd’hui ?
Mais la boutique du rire sur l’Île Saint-Louis n’existe plus. Qui la rouvrira ?


​                        (d’après Albert Memmi, de Bonheurs, Paris 1992)


b) Explications de grammaire:

1) Après un "si" ne vient jamais le conditionnel.

2) Quand on utilise la double négation <<ni....ni>> on a pas besoin d'ajouter un <<pas>>.

3) En faisant la traduction d'un récit il est parfois préférable de se limiter au sens d'une phrase qu'à une traduction litterale.


c) A. Memmi 
Né le 15 décembre à Tunis, est un écrivain et éssayiste franco-tunisien, autour de parent juifs. Memmi se trouve au carrefour de trois cultures et construit son œuvre sur la difficulté qu'il éprouve à trouver un équilibre entre l'Orient et l'Occident. Cette difficulté à trouver sa place dans une de ces cultures pourrait être la raison pour laquellei il écrit une série de livres et d'Essais sur le bonheur et sur le fait de goûter les petits bonheurs (comme dans la traduction ci-dessus). Le fait de rire fait à chacun oublier ses soucis pour un certain temps. Peut-être Memmi a-t-il voulu nous faire voir tous ces petits moments de bonheur qui nous entourent et que l'on ne remarque même pas. Le fait d'être prisonnier entre des univers totalement différents lui a ouvert les yeux sur des choses beaucoup plus simples mais fondamentales comme le rire

vendredi 4 octobre 2013

5) Marie-Claire par Syrina G. (révisé)


Quand j’étais au lycée, j’avais une bonne camarade. Elle s’appelait Marie-Claire et c'était une fille très gentille. Nous nous entendions bien et nous nous sommes jamais disputées. Le seul problème était que nous ne pouvions pas nous voir en dehors du lycée. Chaque fois que je lui proposais de sortir avec moi, elle refusait en disant : « Je t’assure, ce n’est pas de ma faute. » Au début, je m'étais dit qu’elle avait sans doute un autre ami. Mais un jour elle m’avoua que cela n’était pas le cas. Si son père était moins autoritaire, elle aurait une vie plus facile. Il lui demandait d’obéir sans le contredire. Il disait toujours qu’elle devait étudier ou lire. Quoiqu'elle eût dix-huit ans, il n’acceptait jamais son opinion. Il pensait lui-même être un père modèle. Quelques jours après cette conversation, Marie-Claire arriva à l’école en retard. Elle était très triste. Je lui demandai ce qui s’était passé. Elle me répondit que, la veille, la police était venue chez eux pour arrêter son père. Cet homme modèle, comptable dans une grande entreprise, avait détourné 500'000 francs en dix ans.

Grammaire
1. Conditionnel (ligne 6) : On ne met jamais si + conditionnel! C’est si + imparfait et le conditionnel dans l’autre partie de la phrase, après une virgule
2. Même si (ligne 7) : Quoique (ou malgré que) est toujours suivi d'un subjonctif; ou même si + indicatif
3. La veille (ligne10) : Attention aux adverbes de temps dans le discours indirect
-       Aujourd’hui => ce jour-là
-       Demain => le lendemain
-       Hier => la veille
-       Avant-hier => l’avant-veille
-       Dans quelques jours => quelques jours plus tard

Chaque être humain est un acteur. Nous jouons tous des rôles pour cacher certains aspects de notre caractère aux personnes de notre entourage. En plus, nous changeons constamment notre comportement pour nous adapter aux différentes situations sociales auxquelles nous sommes confrontés. Malheureusement, cela veut dire qu’il y a aussi des gens qui cachent des secrets choquants, comme c’est le cas du père de Marie-Claire dans ce texte.  

mercredi 2 octobre 2013

8) La ville secrète par Sofian B. (version rédigée)


Paris est une ville dont on pourrait, comme le firent les Grecs avec Athènes, parler au pluriel, car il existe de nombreux Paris ; et le Paris des touristes n'a qu'une relation superficielle avec le Paris des Parisiens. Un étranger qui traverse la ville en voiture ou en autobus et qui passe d’un musée à l’autre, n’a pas la moindre idée de ce monde qu’il ne voit pas, quoiqu’il se trouve[1] juste dedans.
Personne ne peut alléguer connaître une ville sans y avoir perdu son temps. L’âme d’une grande ville ne se laisse pas comprendre si facilement. Afin de vraiment se familiariser[2] avec elle, il faut qu’on s’y soit[3] ennuyé et qu’on y ait souffert. Naturellement, tout le monde peut se procurer un guide et constater que tous les monuments qui y sont indiqués sont là. Mais dans les limites de Paris se cache une autre ville qui est aussi difficilement accessible que l’était Tombouctou à l’époque.
Les Parisiens connaissent très bien cette ville – que j’appelle la ville secrète, car elle est inaccessible aux étrangers – et ils la trouvent absolument naturelle. Ainsi, ils n’ont même pas l’idée d’en parler – hormis les écrivains et poètes dont la tâche est justement d’observer la ville avec des yeux nouveaux, comme si c’était la première fois, tandis que nous, nous la voyons sans faire attention. Mais même les écrivains n’arrivent pas toujours à nous transmettre précisément ce qu’ils ont découvert.
Paris ne se révèle pas à ces gens qui sont pressés, je l’ai déjà dit. Cette ville appartient aux rêveurs ; à ceux qui savent s’amuser dans les rues sans regarder l’heure, même si d’urgentes affaires les attendent ailleurs. Ils verront, ce que d’autres ne verront jamais, et cela sera leur récompense. En outre, Paris a la particularité de se montrer mieux la nuit que la journée. On pourrait penser qu’elle attend jusqu’à ce que tout dorme.

[selon Julien Green, tiré de Paris, 1983]

Ce côté « mystérieux » que décrit Green se trouve déjà dans les écrits de Baudelaire et, plus tard, de Simenon, qui thématisent beaucoup ce qui est apparu avec le modernisme : l’anonymat dans les grandes villes. Il y avait soudainement beaucoup de gens que l’on ne connaissait pas, des quartiers auxquels on n’avait pas de rapport – l’être humain ainsi que l'espace urbain et son usager, sont devenus anonymes. Vivre à Paris ne voulait plus dire connaître Paris. Pour connaître Paris il fallait sortir de la vie quotidienne et plonger dans la vie de la ville – y perdre son temps et s’ennuyer, afin de se rendre compte des détails de la vie parisienne.

Sur Green:

Julian Green, rebaptisé en Julien Green, fut d’origine américaine et vécut de 1900 à 1998, majoritairement en France. Après la mort de sa mère il décida de suivre la religion de son père, et devint catholique pratiquant. Ceci pourrait se justifier en regardant sa vie : à l’âge de 17 ans il fut mobilisé pour la première guerre mondiale ; or, après deux années de service il fut déjà démobilisé. Sa vie en tant que civil ne durait que jusqu’à l’éruption de la Seconde Guerre Mondiale où il fut à nouveau mobilisé.
Ses écrits traitent surtout de problèmes de la foi et de la religion, mais aussi de l’hypocrisie qui leur est liée. Presque en contradiction à sa foi se trouve le fait que Green fut homosexuel – un sujet qui avait aussi une grande influence sur son œuvre.


[Sofian Bouaouina]


[1] Ici on utilise le subjonctif; règle: les propositions subordonnées circonstancielles sont souvent utilisées avec un subjonctif. Les locutions qui demandent un subjonctif sont clairement définies ; l'une d’entre elles est « quoique » qui introduit une circonstancielle de concession.
[2] Dans les propositions subordonnées circonstancielles de but, nous pouvons utiliser « afin de » + infinitif au lieu de « afin que » + subjonctif lorsque les deux propositions ont le même sujet (ici : on).
[3] « il faut que… » + subjonctif: les expressions impersonnelles dans les propositions subordonnées complétives demandent toujours un subjonctif.

7) Justice par Nadia D. (version révisée)


a) Le directeur du pénitencier me salua gentiment et nous nous assîmes. « Monsieur Spät, ainsi commença-t-il l’entrevue, le détendu Isaak Kohler vous convie à lui rendre visite. J’ai permis cette rencontre et vous parlerez à Kohler en présence d’un gardien. » Je savais de l’avocat Stüssi-Leupin qu’il avait le droit de parler à ses clients sans qu’il n’y eût de témoins. « Nous faisons confiance à Stüssi-Leupin », répondit-il à ma question. « Je ne veux pas dire que nous nous méfions de vous, mais nous ne vous connaissons pas encore. - Je comprends. - Et encore quelque chose, Monsieur Spät, ajouta-t-il, déjà plus gentil, avant que vous ne parliez à Kohler, j’aimerais cependant vous annoncer ce que je pense de lui. C’est peut-être important pour vous. Comprenez-moi bien. Ça ne m’intéresse pas de savoir pourquoi les gens que je dois surveiller sont ici. Ça ne me regarde pas. Mon devoir est seulement l’exécution pénale. Pour cette raison, je ne dis rien sur ses crimes, mais seulement que l’homme m’irrite personnellement un peu. » Je demandai: « Mais comment ? » Le directeur du pénitencier hésita un peu avant de répondre : « Cet homme semble être parfaitement heureux, dit-il alors - Mais c'est réjouissant », pensai-je. - Bof, je ne sais pas », répliqua le directeur. - Votre entreprise est après tout une entreprise modèle », dis-je. - Je fais de mon mieux », soupira-t-il, « mais quand même. Un millionnaire qui est content dans sa cellule, cela me semble très bizarre. »


Je m’allumai une parisienne. Il me passa un cendrier. « Monsieur Spät, continua le directeur du pénitencier,  imaginez-vous un détendu qui ose vous dire ouvertement qu’il trouve le pénitencier formidable, les gardiens compétents, qu’il est totalement heureux et qu’il n’a besoin de rien. Incroyable. J’étais simplement choqué. »


  


b)      1) On fait mieux d’utiliser le passé simple au lieu du passé composé, car il s’agit d’un récit.

2) Après les conjonctions « avant que » et « sans que », il faut utiliser le subjonctif. Par contre après « après que » on utilise l’indicatif.
3) « saluer » est suivi d’un objet direct, contrairement à l'allemand, on ne dit donc pas saluer à quelqu’un mais saluer quelqu’un.
c) « Justiz » est un roman policier de Friedrich Dürrenmatt qui date de 1985. 
Friedrich Dürrenmatt naquit en 1921 dans le canton de Berne. Il était fils d’un pasteur et après avoir étudié la philosophie, il travailla comme dramaturge, narrateur, essayiste et peintre. Il est l'auteur d’une œuvre riche et variée. Dürrenmatt pose un regard critique sur la société suisse. Il tenait aussi des discours concernant la politique internationale.
Dans son roman « Justiz », un conseiller cantonal a commis un meurtre. Il a tué un professeur d’université. Ensuite, il est condamné à vingt ans de pénitencier. Là, il demande à un jeune avocat d’examiner le meurtre, car il dit qu’il n'en est pas coupable. Ce dernier accepte et commence ses recherches.

10) Le dernier livre de Camus par Mélanie G. (deuxième révision)



a)      Texte traduit en français

Albert Camus mourut en 1960 d’un accident de voiture. Dans la serviette qu’il avait prise avec lui, on trouva le manuscrit du roman  « Le premier homme » auquel il était en train de travailler. L’œuvre inachevée parut en 1994. « Je parlerai de ceux que j’aimais », avait écrit Albert Camus dans ses notes. L’ébauche contient de forts traits autobiographiques. Ceux-ci auraient sûrement disparu dans une version définitive, si Camus l’avait  publiée lui-même. 

Quand Jaques Cormery, le personnage principal du roman, retourne en Algérie à 40 ans, il constate qu’il est né dans un pays sans racines et sans souvenirs et il se sentait jeté dans ce pays comme le premier habitant ou le premier conquérant. Les recherches de ses ancêtres et de son identité restèrent vaines.

Jaques naquit dans un lieu isolé dans l’est de Algérie. Peu après sa naissance, la Première Guerre mondiale éclata et son père, un colon français, fut incorporé dans l’armée. Il ne devait plus jamais revoir sa famille. Jaques déménagea avec sa mère chez sa grand-mère à Belcourt, le quartier pauvre d’Alger. À Belcourt habitaient et travaillaient des Français, des Arabes, des Espagnols, des Italiens et beaucoup d’autres. Là-bas, avec ces personnes qui manquaient de tout, Jaques passa une enfance heureuse. Bien que sa mère ne sût ni lire ni écrire, Jaques put, comme l’auteur lui-même, grâce à l’aide et à l’encouragement de son professeur de l’école primaire, fréquenter des établissements du second degré.

b)      Explications de difficultés de grammaire

-       Passé simple :

Il s’agit d’un récit en troisième personne et non pas d’un discours, c’est pour cette raison que le passé simple est l’option (plutôt que le passé composé) à choisir au moment de traduire.

-       Prépositions :

Il faut faire attention en traduisant les prépositions. Elles ne sont pas toujours traduisibles littéralement de l’allemand. La préposition qui accompagne un verbe ou une expression est souvent propre à la langue et doit être apprise par cœur avec le verbe. Exemples concrets tirés de cette traduction : mourir de (sterben bei), travailler à quelque chose (an etwas arbeiten), recherches de (Suche nach ; mais rechercher qqch), manquer de (an etwas fehlen).

-       Subjonctif après « bien que » :

Après les conjonctions « bien que » et « malgré que » c’est le subjonctif qui doit suivre. Par contre après « même si » il faut choisir l’indicatif. On traduit donc dans ce cas « bien que sa mère ne sût… » (subjonctif imparfait).

-       Différence entre « savoir » et « pouvoir » :

On sait faire quelque chose parce qu’on l’a appris, mais on peut faire quelque chose parce que la situation le permet. « Je ne sais pas nager » veut dire que je ne l’ai jamais appris, mais « je ne peux pas nager » veut dire, par exemple, que je me suis cassé le bras et que pour cette raison ma situation m’empêche d’aller nager. Lire et écrire sont des aptitudes apprises, c’est pourquoi il faut choisir le verbe « savoir », par contre il faut choisir le verbe « pouvoir » dans la proposition qui suit, parce que c’est la situation qui le lui permet (cela n’a rien à voir avec quelque chose d’appris).


c)      Quelques lignes sur Camus

Albert Camus naquit en 1913 en Algérie. Il fut un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français. Il développa un humanisme qui se fondait sur la prise de conscience de l’absurdité de la condition humaine. La réponse qu’il proposa à cette absurdité était la révolte. Il reçut le Prix Nobel de littérature en 1957 et mourut trois ans plus tard. La peste et L’étranger sont deux œuvres célèbres qu’il écrivit.

mardi 1 octobre 2013

Jean-Luc Persecuté- version révisée

Jean-Luc persécuté (R. Martic)

1. Après que Jean Luc Robille eut mangé, il prit son chapeau et son bâton, car c’était convenu qu’il irait ce dimanche à Sasseneire pour voir une chèvre. Ainsi il donna un baiser à sa femme (car il l’aimait beaucoup et ils étaient mariés  seulement ). Elle lui demanda :
-          Quand seras-tu de retour ?
Il répliqua :
-          Vers six heures. Maintenant il faut que je me dépêche, parce que Simon m’attend et il n’aime pas quand on le fait attendre.
Mais avant qu’il sortît de la maison, il pénétra la chambre sur la pointe des pieds et alla vers le berceau, où le petit dormait, qu’ils avaient une année auparavant. « Fais attention ! » cria Christine. Il s’avait déjà penché, mais il ne l'emrassa point, comme il l’aurait justement voulu le faire, il le regarda seulement comme il dormait. C’était un garçon fort de onze mois et deux semaines (c’est que, au début, on compte encore les semaines et jours), ses joues étaient comme vernies et la grande tête ronde était couchée sur le coussin. Jean-Luc avait fait le berceau lui-même, il était menuisier et il avait travaillé dans ce métier avant qu’il ne reprût pas la maison de sa mère. Ainsi il resta un moment, penché au-dessus du berceau, puis il alla en arrière à travers la cuisine et ouvra la porte de la maison. « Adieu, femme », dit-il et embrassa Christine encore une fois.
[…]
Il arriva  à la maison plus tôt que prévu, monta l’escalier, poussa sur le loquet, la porte était close.
Il songea : « Elle sera allée chez Marie », et, se baissant, il prit la clef sous le tas de bois, là où on la cachait. Puis il pensa : « Je veux voir si elle est chez Marie. » Il ne l’y trouva pas, et Marie n’avait pas vu Christine, ni son mari, qui était en train de lire le journal, leva les yeux et dit à Jean-Luc, car il aimait à plaisanter : « Quand on a une femme, il ne faut pas la laisser seule. » Jean-Luc n’avait rien répondu, il était inquiet.
                             (d’après C.-F. Ramuz, de « Jean-Luc persécuté »)
2. grammaire
après que + indicatif
avant que+ subjonctif
applications des temps : arrière-fonds: imparfait
et dans les actions, car il s’agit d’un récit : passé simple
années vs. ans: on peut aussi utiliser le mot ans, mais « années » marque la durée plus fortement qui me semblait important ici.

3. Cinq lignes sur le thème:

Charles Ferdinand Ramuz (1887-1947) est un écrivain et poète suisse qui est surtout fameux pour son style extraordinaire. Il est réputé avoir introduit l’oralisation de la littérature (avec Balzac et Céline), c’est la raison pour laquelle ses textes n’ont longtemps pas été à Paris (« on entend parler les paysans. »). Ses textes sont très imagés, il a une vision poétique qui est pleine de symboles. « Jean-Luc Persécuté » (1908) a été adapté au cinéma par Claude Goretta dans les années soixante.