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mercredi 27 novembre 2013

Le grand cahier, Agota Kristof, édition du Seuil, février 1986 (révisé)


L’importance de chapitre
A mon avis les chapitres montrent bien la brutalité de ce temps. Les jumeaux curieux ne peuvent pas échapper à la cruauté du quotidien et n’ont pas la possibilité adéquate à traiter les évènements vécus. Ils ne parlent pas des évènements terrifiants qui leur arrivent, ni avec la grand-mère, ni avec leur cousine. Les chapitres racontent des expériences que les jumeaux vivent, mais qu’ils ne peuvent pas juger car ils ne parlent d’elles à personne. Je pense que les chapitres reflètent la manière dont on traite les émotions difficiles à classer et les expériences terrifiantes de ce temps.


Notre cousine et son amoureux
La cousine des jumeaux part chaque jour en ville. Klaus et Lucas sont curieux de ce qu’elle fait les soirs et ils la suivent sans être reconnus. Près d’un cimetière la cousine rencontre un groupe de jeunes. Là, assis sous les arbres, ils parlent de la guerre et de leurs parents perdus en fumant et buvant du vin. Plus tard, le groupe se disperse et la cousine part avec un des garçons dans de petites ruelles. Les jumeaux suivent leur cousine et apprennent que le garçon est amoureux d’elle et qu’ils ont une relation sexuelle.
La bénédiction
Les jumeaux sont obligés de se rendre à la cure pour rapporter des livres empruntés. Le curé demande si le nouveau bain est en bon état. Klaus et Lucas racontent qu’ils peuvent se payer tous les accessoires pour le bain avec l’argent qu’ils gagnent en faisant de la musique dans les bistrots. Le curé n’est pas content qu’ils travaillent dans « un tel lieu de perdition » et les offre de l’argent de l’aveugle. Les enfants refusent l’argent car leur grand-mère et eux, ils n’ont plus besoin de son argent. Tout de même le curé insiste pour qu’ils prennent l’argent et qu’ils confessent leurs péchés. Mais ils ne veulent pas et le curé conclut en les bénissant.


La fuite
Des affiches affreuses apparaissent sur les murs de la ville. Ils montrent des soldats ennemis qui maltraitent les civils. Malgré que les gens soient terrifiés, la grand-mère considère les affiches comme des mensonges. Le jour où les soldats étrangers et les blessés arrivent en ville beaucoup de gens quittent la ville avec tous leurs biens pour aller dans un autre pays. C’est la fuite.
Le charnier
Une explosion bouleverse la nuit, un grand feu s’élève à l’emplacement du camp. Le lendemain on n’entend plus rien et les jumeaux vont au camp pour voir ce qu’il s’est passé. Ils y trouvent une porte en fer avec l’inscription « Camp de transit ». Des cadavres calcinés de plusieurs personnes se trouvent derrière la porte et terrifient les enfants. A la maison ils ne disent rien à la grand-mère. Les héros n’ont oublié rien d’intéressant au camp.


Notre mère
La mère des jumeaux vient chez la grand-mère pour chercher ses enfants et les emmener dans l’autre pays. Les enfants refusent d’accompagner la mère qui est venue avec une jeep et plusieurs soldats. Tout à coup en discutant avec les enfants et la grand-mère une explosion se produit au lieu de la discussion. La mère et son bébé, qu’elle tient dans ses bras, sont morts. A la cousine qui demande ce qui s’est passé, les jumeaux répondent qu’un obus a fait un trou dans  le jardin.


Explication du texte : Notre mère, narratologie
Extrait :
Nous posons une couverture au fond du trou, nous couchons notre mère dessus. Le bébé est toujours serré sur sa poitrine. Nous les recouvrons avec une autre couverture, puis nous comblons le trou. Quand notre cousine rentre de la ville, elle demande : « Il s’est passé quelque chose ? ». Nous disons : « Oui, un obus a fait un trou dans le jardin. »
Il y a une focalisation interne sur les jumeaux (« nous »), mais cette focalisation montre un aspect objectif. Le ton est plutôt neutre en racontant les évènements et rend l’interprétation des émotions difficile. De plus, le discours direct neutre aide peu à la compréhension de l’état d’âme des jumeaux.

mercredi 23 octobre 2013

"Le Grand Cahier" - Agota Kristof, résumé et interprétation par Sofian B. (version rédigée)


La saleté
À la campagne, Klaus et Lucas rencontrent une chose qu’ils ne connaissaient pas avant : la saleté. Ils décrivent l’état de la maison qu’ils habitent, la saleté de leur grand-mère et même qu’ils n’avaient pas envie de manger là. Mais, pour pouvoir survivre, ils n’y font vite plus attention. Ils essaient de rester propres en se baignant dans la rivière quand il fait chaud et se lavent régulièrement les dents.
Tout de même, ils deviennent de plus en plus sales et n’ont plus de vêtements propres (ceux qu’ils avaient sont déchirés et les habits propres que leur avait donnés leur mère sont vendus par la grand-mère). Leur corps s’adapte au nouvel environnement : leur peau brunit, la plante de leurs pieds durcit. Ils sentent mauvais comme leur grand-mère.
La vie que mènent Klaus et Lucas chez leur grand-mère est la description d’un « déracinement »  total (source : L’express) et l’assimilation à un nouveau mode de vie, désagréable et pas du tout confortable (« Nous sentons mauvais comme Grand-Mère » et cela ne leur fait plus rien). Le chapitre "La saleté" est important car dans ces deux pages le lecteur apprend comment les jumeaux essayent, avec beaucoup de difficulté, de garder le style de vie qu’il menaient en ville (se laver régulièrement etc.) ; or ils réalisent que cela est impossible dans les conditions qu’ils ont rencontrées chez leur grand-mère et se détachent en grande partie de leur vie antérieure afin de s'immerger dans un nouveau style de vie dont le seul but est la survie. Klaus et Lucas sont obligés d’oublier leur ancien quotidien pour être capables de s’habituer aux nouvelles circonstances.
Ce changement ne se passe pas seulement dans leur esprit, mais aussi au niveau physique : « Notre peau brunit, nos jambes et nos bras sont couverts d’écorchures, de coupures, de croûtes, de piqûres d’insecte. »
En outre, ce chapitre fait allusion à l’avidité de leur grand-mère. En effet la grand-mère vend toutes les affaires propres que les jumeaux reçoivent régulièrement de leur mère.

Exercice d’endurcissement du corps
Klaus et Lucas sont beaucoup frappés – et par leur grand-mère et par d’autres gens. Ils ne supportent pas ces douleurs et commencent à pleurer. Alors, ils décident de s’endurcir contre ces dernières en s’entraînant : ils se battent, se coupent et versent  de l’alcool sur leurs plaies, se disent « ça ne fait pas mal ». Ils font ainsi jusqu’au point où ils ne sentent plus rien (« C’est quelqu’un d’autre qui se brûle, qui se coupe, qui souffre »). Ils se dépersonnalisent, s'étrangent.
Ayant acquiert cette ‘qualité’ d'impassibilité, ils provoquent leur grand-mère en lui disant de plutôt frapper qu’insulter – en sorte qu’elle les laisse tranquilles.
Ce chapitre renforce la recherche que poursuivent les jumeaux afin de trouver leur nouvelle identité dans le but de  survivre. Ils essaient de s’habituer à tout ce qui les fait souffrir physiquement. Ce chapitre est important, car cet endurcissement est essentiel pour les jumeaux – pour gérer et supporter le chaud et le froid, les coups de pied, les gifles sans se sentir à chaque fois inférieurs. Le fait qu’ils abandonnent leur ancienne identité par cet exercice se trouve vers la fin du chapitre, décrit comme un dédoublement ou une dépersonnalisation : « C’est quelqu’un d’autre qui se brûle, qui se coupe, qui souffre. »

L’ordonnance
Un soir, pendant que les enfants sont en train de s’endormir, une ordonnance militaire rentre. Klaus et Lucas apprennent qu’il y a un capitaine qui habite chez la grand-mère et, avec lui, une ordonnance. Cette ordonnance s’étonne du fait que les jumeaux dorment sans couvertures, sur le banc de la cuisine. Il apprend que les enfants ne veulent pas dormir dans la chambre de leur Grand-Mère. Il parle approximativement la même langue que les jumeaux bien qu’il vienne d’un autre pays – de ce pays qui combat, avec le pays des jumeaux, leur ennemi commun.
À la fin du chapitre, il leur amène deux couvertures et leur dit de faire attention à ce que leur grand-mère ne les vende pas – sans quoi il la tuerait.
Dans ce chapitre on apprend pour la première fois la présence des militaires chez la Grand-Mère, et c’est pour cela qu’il est important. En outre, l’ordonnance traite les enfants avec plus d’amour que ne l’avait fait leur grand-mère. Or, il devient clair que – même s’ils sont mal traités – les jumeaux vivent mieux à la campagne qu'en ville : « Ici, bien pour manger [] » ; « Grande Ville, beaucoup danger. Boum ! Boum ! »

Exercice d’endurcissement de l’esprit
Chez leur grand-mère, les jumeaux sont très mal traités : d’un côté, leur grand-mère les appelle « fils de chienne », et de l’autre les gens les traitent de « fils de sorcière !, ou de fils de pute ! ». Klaus et Lucas ne sont pas habitués à être insultés d’une telle façon et à cause de cela ils décident de s’endurcir contre ces injures. Ils commencent à se balancer des insultes à la figure jusqu’à ce qu’ils ne réalisent même plus ce qu'elles signifient (« [] n’entrent plus dans notre cerveau, n’entrent même plus dans nos oreilles. ») Ils croient que cela va fonctionner, mais ils réalisent que « les mots anciens » commencent à leur faire mal – ce sont les mots que leur a dits leur mère, des mots câlins. Afin de perdre cette sensibilité envers ce souvenir de l’ancienne vie, ils font la même chose en se disant « mes chéris ! Mes amours ! Je vous aime… » afin que ces mots aussi perdent leur force. Leur subjectivité se retrouve ainsi insensible aux mots, qu'ils leur fassent du mal ou du bien, comme leur corps sont devenus insensibles aux duretés physiques.
Ce chapitre nous montre que Klaus et Lucas n’arrivent pas tout à fait à oublier leur vie d’auparavant. Ils s’exercent en se disant de gros mots afin de perdre leur sensibilité – ils ne veulent plus « rougir ni trembler » lorsqu’ils entendent des tels mots. Cela fait aussi partie de leur ‘vie pour survivre’. Cependant, les autres mots (« les mots anciens »), que leur avait dits leur mère les rattrapent et les blessent. A cause de cela, ils décident de s’endurcir de même contre ces câlins qu'ils ont en mémoire.
Les mots perdent totalement leur intensité ; la vie se concentre sur le fait de gagner de l’énergie pour pouvoir survivre. Le quotidien des jumeaux est marqué d’un objectivisme qui est très bien rendu dans ce chapitre.

L’école
À son début, ce chapitre décrit la discussion des parents de Klaus et Lucas, quelques jours avant qu’ils ne commencent l’école. Le père veut absolument que ses deux enfants qui font tout ensemble (« Ils pensent ensemble, ils agissent ensemble ») soient séparés à l’école afin que chacun d’eux ait sa propre vie. Leur mère, par contre, ne soutient pas cette idée, parce qu’elle trouve qu’ils sont inséparables, qu’ils ne sont « qu’une seule et même personne. » Quand l’école commence, les jumeaux sont inscrits dans des classes différentes ce qui les pousse à s’évanouir. En conséquence, leur père les traite de simulateurs, mais, en revanche, ils fréquenteront désormais la même classe.
L’école relève l’importance de l’union qui existe entre Klaus et Lucas. Cette union les aidera à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent chez leur grand-mère, car ils peuvent tout faire ensemble, même se séparer, mais seulement s'ils le veulent eux-mêmes.
À la fin du livre, en effet, les jumeaux s'aident à abuser de leur père pour se séparer (ils le tuent).
En outre, ce chapitre aborde le fait que les jumeaux sont très intelligents – ce qui est d’une importance majeure pour le livre, car le lecteur est confronté à un nombre de situations où il reste surpris de l’intelligence et de l’inventivité de Klaus et Lucas.

Interprétation(s)
Le chapitre La saleté semble être le dernier faisant partie de la description du nouvel environnement des jumeaux. Le temps du récit est clairement majeur au temps de l’histoire, ce qui aboutit au fait qu’il s’agit d’un récit descriptif. Le narrateur (représenté par la voix commune de Klaus et Lucas) se trouve en position intradiégétique, ce qui veut dire que le récit a lieu à l’intérieur du niveau spatio-temporel de l’histoire. Il s’agit donc d’une narration simultanée.
À partir du chapitre prochain (Exercice d’endurcissement du corps), la description est interrompue en plusieurs lieux et le lecteur se voit confronté à une expérience en temps réel. Généralement, il s’agit de passages écrits au discours direct libre. (+ exemples!)
Il est très intéressant de voir que ces cinq chapitres sont composés ou en description, ou en récit réel ; nous ne trouvons pas d’élipses
En dernier lieu, je fais remarquer que le chapitre L’école est à caractère particulier : c’est le seul chapitre qui est écrit dans un chronotope différent aux autres : il se passe trois ans avant "l’espace spatio-temporel du récit" (cité selon Dr. A. de Francesco).

lundi 21 octobre 2013

"Le grand cahier" - Agota Kristof, résumé et interprétation par Mélanie G. (révisé)


Résumé des 5 chapitres assignés :

Exercice de cécité et de surdité
« L’un de nous fait l’aveugle, l’autre fait le sourd ». Celui qui joue l’aveugle attache un fichu devant les yeux et le sourd se bouche les oreilles avec de l’herbe. Le sourd décrit ce qu’il voit et lit sur les lèvres de l’aveugle qui, à son tour, décrit ce qu’il entend. C’est ainsi que les deux se promènent pendant les alertes. « Plus tard, avec le temps, nous n’avons plus besoin de fichu pour les yeux ni d’herbe pour les oreilles. Celui qui a fait l’aveugle tourne simplement son regard vers l’intérieur, le sourd ferme ses oreilles à tous les bruits ».
 
Le déserteur
Les jumeaux trouvent un homme dans la forêt. « Un homme vivant, un homme jeune, sans uniforme ». Il ne porte plus d’uniforme parce qu’il ne veut plus être soldat. Il veut rentrer chez soi. Il doit se cacher parce qu’il a quitté son régiment sans permission. Il a faim et les nuits sont froides, c’est pourquoi les jumeaux lui amènent de la nourriture et une couverture. Il les remercie et leur dit qu’ils sont gentils, mais cela n’est pas leur but: « Nous ne voulions pas être gentils. Nous vous avons apporté ces objets car vous en aviez absolument besoin ». Ils aident les autres à survivre.

Exercice de jeûne
« Aujourd’hui et demain, nous ne mangerons pas. Nous boirons seulement de l’eau ». Même quand la Grand-Mère prépare du poulet, ils résistent et refusent de manger.  C’est la première fois qu’elle cuisine du poulet. « C’est un de nos exercices. Pour nous habituer à supporter la faim ». Le soir, ils ont de la peine à s’endormir et le lendemain ils ont le vertige, mais ils continuent leur « exercice de jeûne ». Le jour d’après, quand ils veulent déjeuner, il n’y rien à manger dans la cuisine, la Grand-Mère a tout enfermé à la cave, c’est pour cette raison que les jumeaux doivent se contenter de tomates et de concombres. « Nous pourrions […] ouvrir [la cave], mais nous décidons de ne toucher à rien ». Quand la Grand-Mère rentre du marché, elle leur fait une soupe aux légumes et elle leur dit : « C’est un exercice stupide. Et mauvais pour la santé ».

La tombe de Grand-Père
Un jour, les jumeaux suivent leur Grand-Mère qui va sur la tombe de son mari (leur Grand-Père). « Elle arrache les mauvaises herbes de la tombe, creuse avec une pelle, ratisse la terre, plante des fleurs, va chercher de l’eau dans le puits, revient arroser la tombe. […] puis elle s’agenouille devant la croix de bois ». Elle ne prie pas, au contraire, les jumeaux entendent surtout des injures. Quand la Grand-Mère est partie, ils s’approchent de la tombe et voient que le « prénom est double avec un trait d’union et ces deux prénoms sont [leurs] propres prénoms ». Ils ont donc été nommés d’après leur grand-père maternel. Le soir ils demandent à leur Grand-Mère pourquoi elle l’a empoisonné, car c’est cela que les gens se racontent. Elle leur répond que rien n’a été prouvé et qu’ils devaient laisser les gens parler. À la question pourquoi elle soigne encore sa tombe, elle leur répond que c’est « à cause de ce que les gens racontent. Pour qu’ils arrêtent de raconter et de raconter ».

Exercice de cruauté
Les jumeaux inventent un nouvel exercice. Ils veulent tuer des animaux. Ils disent à leur Grand-Mère : « Quand il y aura quelque chose à tuer, il faudra nous appeler. C’est nous qui le ferons. […] nous n’aimons pas ça. C’est pour cette raison que nous devons nous y habituer ». Alors ils commencent à tuer des animaux, d’abord des animaux qui sont « destinés à manger », puis des animaux « qu’il ne serait pas nécessaire de tuer ». Ils torturent même leur chat qui s’enfuit ensuite. Ils promettent donc à leur Grand-Mère de s’occuper des souris. « Nous fabriquons des trappes, et les souris qui s’y laissent prendre nous les noyons dans de l’eau bouillante ».

Pourquoi ces chapitres sont-ils importants ?

D’une manière, chacun de ces chapitres est important pour la suite de l’histoire. Le chapitre « Exercice de cécité et de surdité » a son importance plus tard quand la guerre se termine et les écoles ouvrent à nouveau. Les jumeaux utilisent l’astuce de jouer l’un l’aveugle et l’autre le sourd pour ne pas être obligés d’aller à l’école. Ils atteindront leur but d’en être dispensés. Le chapitre « Le déserteur » nous montre comme les jumeaux aident à tout le monde qui en a vraiment besoin sans en attendre de la reconnaissance. Le chapitre sur l’ « Exercice de jeûne » est l’un de plusieurs exercices qu’ils pratiquent pour devenir plus forts et plus résistants. Ils ne veulent plus être sensibles à des douleurs physiques comme psychiques (voir les autres chapitres sur les différents « exercices »). Le chapitre sur « La tombe de Grand-Père » est important parce que ça sera dans cette tombe que la Grand-Mère cachera les bijoux, qui offriront une assurance économique aux jumeaux. Le chapitre sur l’ « Exercice de cruauté » nous révèle que les jumeaux deviennent de plus en plus cruels. À la fin, ils se sont tellement endurcis qu’ils peuvent désormais tuer non seulement des animaux, mais aussi des êtres humains.

Interprétation:

Le livre nous offre l’aperçu d’une époque de guerre. Les chapitres traités ci-dessus nous montrent la cruauté de la guerre. Les jumeaux ne sont pas cruels à priori, c’est bien la guerre et les circonstances qui sont responsables de leurs changements. Pour survivre il faut être plus fort que les autres et il faut s’isoler émotionnellement pour supporter les rumeurs des gens de la petite ville. De surcroît, il faut des astuces pour atteindre les buts. Les jumeaux n’ont pas de mauvais fond, car quand quelqu’un a besoin de leur aide, ils la lui offrent sans hésiter, mais ils s’abrutissent à cause de la guerre et les circonstances dans lesquelles ils se trouvent.
 

"Le grand cahier"- Agota Kristof, résumé et interprétation par Syrina G. (révisé)


L’achat du papier, du cahier et des crayons
L’école du village est fermée, donc les jumeaux veulent étudier à la maison. Pour faire différents exercices ils ont besoin de papier, d’un cahier et de crayons, mais ils n’ont pas d’argent et c’est pourquoi le monsieur de la « Librairie-Papeterie » ne veut pas leur donner ces choses. Ils lui offrent de faire quelques travaux (par exemple dans le jardin) en échange des objets ou de lui amener des œufs. Mais l’homme se sent mal à l’aise dans leur présence et à cause de leur attitude calme. Il dit qu’ils parlent « trop correctement » (p.31) et finit par leur donner les choses gratuitement en leur disant de ne pas revenir dans son magasin. Mais les jumeaux lui rappellent qu’ils vont devoir revenir pour acheter des nouveaux crayons etc.
Ce chapitre est important parce que c’est le début de l’auto-éducation des jumeaux. En même temps, le « grand cahier», selon lequel le livre est intitulé, fait son apparition.
Nos études
Tout de suite après l’achat des objets nécessaires pour leurs études, les jumeaux commencent à apprendre leurs différentes leçons. Ainsi le dictionnaire les aide à pratiquer l’orthographe (en apprenant des synonymes etc.) et ils font également des dictées avec la Bible. En outre, ils font des compositions en se donnant des sujets d’écriture. Ils lisent aussi la Bible à voix haute pour pratiquer la lecture et en apprennent des passages pour entraîner leur mémoire. En plus, ils font des calculs mentaux et des mathématiques. Ils écrivent ensuite les bonnes compositions dans le "grand cahier". Une composition est bonne à leurs yeux quand elle raconte la vérité. En tous cas, elle ne peut pas contenir des mots qui décrivent un sentiment parce que ces termes sont « très vagues » (p.33).
Ce chapitre nous montre à quel point les jumeaux veulent améliorer leur situation en se formant eux-mêmes. Il nous explique également dans quel cadre ils ont écrit les différents chapitres du « grand cahier ». Il s’agit donc d’une espèce de journal intime qu’ils ont complété au fur et à mesure en pratiquant la composition. Désormais on sait aussi pourquoi ils ont choisi un style si direct et cru : c’est parce qu’ils ne veulent pas décrire les choses avec de jolis mots. Ils veulent seulement raconter ce qui se passe véritablement (sans ajouter quoi que ce soit).

Notre voisine et sa fille
Dans ce chapitre, les jumeaux nous présentent leur voisine et sa fille. Elles habitent dans une vieille maison qui est mal entretenue et ne travaillent pas leur jardin. La mère est assise dehors pendant toute la journée et sa fille, qui passe son temps à voler et mendier en ville, la fait rentrer le soir. Mais quand elle n’est pas là, ou bien si elle l’oublie, la mère reste dehors toute la nuit. « Les gens disent que [leur] voisine est folle » (p.34), mais selon leur grand-mère elle est tout « simplement paresseuse » (p.34). Parfois la fille, que les gens appellent Bec-de-Lièvre à cause de ses lèvres, essaie de voler des choses dans le jardin des jumeaux et ils doivent la chasser. Un jour, ils la surprennent même en train de boire le lait d’une de leurs chèvres. Elle croit qu’ils la trouvent dégoûtante, mais cela n’est pas le cas. Ils voient qu’elle s’occupe de sa mère et lui offrent leur aide. Pourtant la fille ne l’accepte pas. Elle ne veut pas de leur nourriture, elle veut seulement être aimée. Elle dit que personne ne l’aime et qu’elle n’aime personne (p.36).
Les jumeaux nous parleront à plusieurs reprises de la voisine et de Bec-de-Lièvre. Ce chapitre est donc important pour nous montrer de qui ils parlent et dans quelles conditions les personnages vivent. Les dernières phrases de Bec-de-Lièvre seront importantes plus tard, car son grand désir d’être aimé sera lié à sa mort plus tard dans le livre, quand elle laisse les officiers abuser d'elle et meurt par la suite.

Exercice de mendicité
Après avoir vu Bec-de-Lièvre mendier en ville, les jumeaux veulent faire cette expérience pour « savoir quel effet ça fait et pour observer la réaction des gens. » (p.38) La plupart des officiers les ignore, mais un d'eux leur donne « une pièce de monnaie et un bout de chocolat » (p.37). Une femme s’arrête également, mais elle n’a rien à leur donner, donc elle leur caresse simplement les cheveux. Les jumeaux la remercient pour ce geste. Quelques autres femmes leur donnent de petites choses. Enfin une femme passe et offre de leur donner à manger s’ils font quelques travaux pour elle. Elle dit que les jumeaux sont « assez grands et forts » (p.38) pour travailler et qu’ils devraient avoir honte de mendier. Elle se fâche quand ils lui expliquent qu’ils mendient uniquement pour voir ce que ça fait. A la fin de la journée, ils jettent ce qu’on leur a donné. Ils emmènent seulement la caresse sur leurs cheveux de la femme pauvre.
Les jumeaux veulent apprendre tout ce qu’ils peuvent, donc également l'effet qu'ils font aux gens s’ils mendient. Ce chapitre nous montre également qu’ils ne sont pas avares, ni sur le point de mourir de faim, car ils jettent ce qu’ils ont reçu, parce qu’ils ne pensent pas qu’ils l’ont mérité. Donc, d’une certaine manière la dernière femme qui s’est arrêtée auprès d’eux avait raison. Ils n’ont peut-être pas véritablement honte de mendier, mais ils savent qu’ils n’ont pas mérité les choses qu’ils ont reçues.

Bec-de-Lièvre
Un jour les jumeaux vont pêcher et ils voient Bec-de-Lièvre qui se couche dans l’herbe. Elle ne les voit pas et elle appelle leur chien. Ils observent comment elle joue d’abord avec le chien avant d’avoir des rapports sexuels avec lui. Quand Bec-de-Lièvre se lève, elle voit les jumeaux et elle craint qu’elle ne soit plus leur copine, mais les jumeaux ne sont pas fâchés. Cela leur est égal et ils promettent de n’en parler à personne. Ensuite ils veulent savoir si sa mère est vraiment folle, mais elle explique qu’elle est simplement « sourde et aveugle » (p.40) et que cela lui arrivera probablement aussi. Par contre, elle ne croit pas qu’elle soit vraiment sourde. Elle suppose plutôt qu’elle fait « semblant de ne rien entendre » (p.40) pour ne pas devoir répondre aux questions de sa fille.
Dans ce chapitre Bec-de-Lièvre dit à nouveau que personne ne l’aime à part les animaux. Cela sera donc également lié à sa mort plus tard. En outre, c’est la première fois qu’on met en doute la maladie de sa mère.

"Le grand cahier"- Agota Kristof, résumé et interprétation par Nadia D. (version révisée)


L’arrivée chez Grand-Mère :
Dans la grande ville, la guerre a éclaté. Pour cette raison, une femme dépose ses deux jumeaux chez leur grand-mère à la campagne. Avec une petite valise et  le grand dictionnaire de leur père, les garçons arrivent à la campagne qui est justement le contraire de ce qu’ils connaissent de la Grande Ville. Ni de tramway, ni d’autobus, ni de voitures. Ils entendent seulement le bruit de leurs pas. La grand-mère se moque de sa fille qui ne peut plus nourrir ses propres enfants. Mais elle accepte de garder les jumeaux pour pouvoir profiter d’eux en « les [faisant] travailler ».
Ce chapitre est très important pour tout le livre car c’est le début de la misère des deux jumeaux. D’une vie agréable dans la Grande Ville où ils étaient protégés par leurs parents (avant la guerre), les garçons sont jetés aux bras d’une vieille femme cruelle qui les traitera comme des chiens. Les garçons, ne pouvant compter que sur eux, se transformeront de plus en plus en garçons froids et cruels.

La maison de Grand-Mère :
À cinq minutes de marche des dernières maisons de la Petite Ville se trouve « la maison de Grand-Mère ». Pas loin de la maison, il y a une base militaire secrète et derrière la frontière  d’un autre pays. Le jardin est planté de toutes sortes de légumes et d’arbres fruitiers. Mais Grand-Mère possède aussi de nombreux animaux ; des lapins, des canards, des poulets, des cochons, un chien, un chat et des chèvres. En outre, elle possède une vigne de l’autre côté de la route. Mais l’agencement à l’intérieur de la maison n’est pas du tout suffisant. Il n’y a pas assez de chambres, car Grand-Mère en possède une et l’autre est occupée par un officier étranger. Pour cette raison, les garçons sont obligés de dormir sur un banc d’angle.
Contrairement au personnage de Grand-Mère, qui est froid et qui n’a pas de cœur, le jardin est représenté comme étant très beau et très riche. Le jardin et la maison deviendront les lieux principaux ou se déroule l’histoire.

Grand-Mère :
Auparavant, les garçons ne savaient même pas qu’ils avaient une grand-mère. Les gens de la campagnarde l’appellent « sorcière » et elle-même appelle les garçons « fils de chienne ». À travers les yeux des enfants, leur grand-mère apparaît comme une personne petite et maigre qui manque d’hygiène. Quand elle a besoin d’uriner, elle s’arrête là où elle se trouve, écarte les jambes et pisse par terre. Elle a des rides, de taches brunes et des verrues où poussent des poils, elle n’a plus de dents visibles et ne change jamais d’habits. Grand-mère ne parle que peu.
Dans ce chapitre, les jumeaux décrivent l’apparence physique de leur Grand-Mère. On n’apprend pas grand-chose sur son caractère, mais il se fera sentir pendant les chapitres suivants.

Les travaux :
La grand-mère oblige les jumeaux à faire certains travaux pour mériter le toit et la nourriture. Au début ils n’ont pas envie de l’aider, donc elle ne leur donne rien à manger et les laisse dormir dehors. Ils observent leur grand-mère qui fait pas mal de travaux pendant la journée. Leur grand-mère est une paysanne. Elle nourrit les animaux, trait les chèvres, les conduit au bord de la rivière, arrose le jardin, cueille des légumes et des fruits pour ensuite les vendre au marché. Quand elle rentre, elle coupe du bois, nourrit de nouveau les animaux ramène les chèvres, les trait, va dans la forêt, en rapporte des champignons et du bois sec et fait des fromages. À partir du sixième matin, ils commencent à l’aider parce que « regarder, sans rien faire, c’est encore plus pénible ».
Grâce au jardin avec les fruits et les légumes, et aux animaux, la grand-mère peut vivre et gagner quelque sous. Mais il s’agit d’un travail dur qui prend beaucoup de temps. Ces travaux seront bientôt l’occupation principale des garçons. Ils passeront donc la plupart du temps à travailler pour avoir à manger et pour pouvoir dormir dans la maison.

La forêt et la rivière :
Pas loin de la maison, il y a une petite rivière derrière laquelle se trouve la forêt. Pour aller dans la forêt, il faut traverser la rivière, ce qui est simple quand il n’y a pas beaucoup d’eau. Pour le cas qu’il y ait trop d’eau, les jumeaux ont construit un pont qui leur permet d’atteindre la forêt quand ils le veulent. En construisant le pont, ils ont vu des poissons et les ont attrapés pour que Grand-Mère puisse les vendre au marché. Un jour, ils trouvent un soldat mort à qui ils enlèvent son fusil, ses cartouches et ses grenades. Ils enterrent le tout sous le banc devant la fenêtre de l’officier.
Les enfants se sont bien habitués à travailler pour leur Grand-Mère. Des grenades qu’ils ont enlevées au soldat, ils feront usage un jour, comme on verra. Ils essayent de tirer profit de tout ce qu’ils peuvent trouver, ils adaptent de plus en plus au style de vie de leur grand-mère.

Ces cinq premiers chapitres sont l’introduction à la nouvelle vie des garçons chez leur grand-mère. On en apprend sur la maison de grand-mère, le jardin, la forêt et la rivière. Jusqu’ici, il n’y pas encore de très grands événements mais les aventures viendront et présenteront l’histoire tragique, souvent violente et mortelle des deux jumeaux de la Grande Ville.